Les instruments de musique ne sont qu’un outil servant à rendre la musique vivante grâce au travail de l’interprète: un Stradivarius ne sonne bien qu’entre des mains expertes. La technique et la culture de l’interprète comptent donc autant que l’instrument dans le façonnage du son. Néanmoins, si beaucoup aujourd’hui estiment que les grands orchestres produisent un son “standardisé”, cela tient en partie à l’instrumentarium utilisé. Depuis
la fin du XIXe siècle, les progrès techniques ont facilité l’interprétation de la musique “contemporaine”, mais ces
perfectionnements ont souvent fait perdre en couleurs, en possibilités d’articulation, ce que les instruments ont
gagné en puissance et en confort. À l’opposé de l’image sonore idéale atteinte avec la Philharmonie de Berlin
dirigée par Karajan (un “son parfait”, sans aspérités, de grandes lignes tendues et un espace sonore saturé),
certains musiciens ont souhaité affirmer une personnalité de la sonorité par le retour aux calibres et caractéristiques des instruments anciens.

L’utilisation de cordes en boyau et d’archets anciens donne aux instruments à cordes un son plus fin, leur permet une articulation plus claire. Depuis le début du XIXe siècle, l’augmentation constante du poids des archets, de la longueur de la mèche et du nombre de crins a conduit à un alourdissement, une simplification du son. De même, le vibrato n’avait autrefois qu’une fonction d’ornement chez le soliste ; vers la fin du XIXe siècle il est pourtant devenu peu à peu un élément de base de l’expression, et le jeu vibré est aujourd’hui devenu la norme.
Tout au long du XIXe siècle, les instruments à vent ont connu énormément d’“améliorations” techniques par l’ajout de clefs, la modification des perces et embouchures, afin d’aboutir parfois à un instrument chromatique. Les flûtes en bois datant d’avant le système à clefs (dit “Böhm”) offrent pour la plupart des notes un grand nombre d’alternatives se distinguant par l’intensité, l’intonation et la couleur, offrant ainsi à l’interprète une grande flexibilité du son. Sur une flûte moderne, tous les demi-tons sonnent pareillement et la sonorité semble plus uniforme en comparaison. La maîtrise d’un instrument ancien nécessite des années de travail mais cet effort permet de mettre en valeur ou de faire découvrir la variété de couleurs des instruments. Les timbres sont en effet plus “typés” mais la sonorité du pupitre est moins massive, le volume moins élevé: le tissu orchestral devient alors parfaitement lisible.

L’emploi des instruments d’époque rend aussi intelligibles les notations de dynamique et d’intensité écrites par les compositeurs sur la partition. Pour un orchestre moderne, il est presque impossible d’être fidèle à la partition originale, à moins d’accepter par exemple que les cuivres recouvrent l’orchestre. Les éditions modernes se sont donc chargées de modifier les “erreurs” de la partition afin de maintenir l’équilibre sonore de l’orchestre. L’utilisation des instruments d’époque montre que ces erreurs n’en étaient pas et que les compositeurs écrivaient pour des instruments bien précis.